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Banque et développement durable : un potentiel sous estimé

Le secteur bancaire et financier n’est pas souvent perçu comme un acteur clef du développement durable. Son rôle central dans le financement de l’économie lui donne néanmoins accès à des leviers d’intervention, qui rendent légitime un véritable engagement sur ce thème. Un enjeu stratégique pour les banques, qui doivent mettre en balance les futures exigences du marché en la matière, avec les risques liés à l’évolution des pratiques commerciales.

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Le secteur bancaire et financier n’est pas souvent perçu comme un acteur clef du développement durable. Son rôle central dans le financement de l’économie lui donne néanmoins accès à des leviers d’intervention, qui rendent légitime un véritable engagement sur ce thème. Un enjeu stratégique pour les banques, qui doivent mettre en balance les futures exigences du marché en la matière, avec les risques liés à l’évolution des pratiques commerciales.

Lorsqu’il est question de développement durable dans les services financiers, deux types d’actions sont à distinguer.

D’une part les établissements de crédit peuvent apporter une contribution sous forme d’opérations de structure, peu liées à l’activité bancaire intrinsèque et accessibles à tout type d’entreprise. C’est notamment le cas de l’optimisation de normes internes (performance énergétique des bâtiments, réduction des déplacements), du progrès social au sein de l’entreprise (conditions de travail, dispositifs de solidarité et de réduction des inégalités) ou encore de la redistribution d’une partie des bénéfices sous forme de mécénat (humanitaire, écologie, droits de l’homme). Ces interventions ne sont bien-sûr pas à remettre en cause, mais elles ne relèvent pas d’une approche sectorielle.

D’autre part, il peut s’agir de moyens d’action liés à l’activité bancaire et au financement de l’économie. Cela suppose la prise en compte d’une démarche développement durable dans la manière d’octroyer des crédits, de placer des fonds ou de conseiller ses clients. L’objectif consiste à ne pas se focaliser sur la seule performance financière à court terme, mais à viser également la stabilité économique à long terme, la responsabilité sociale et le respect de l’environnement. Par exemple, jusqu’où peut-on accepter de financer des industries polluantes sans émettre des conditions en retour ? Comment placer le curseur entre le devoir de soutenir les PME et le « soutient abusif » aux entreprises en difficultés ? Peut-on inciter un particulier à acheter un véhicule plus propre lorsqu’il est financé par un prêt personnel ? Ces questions illustrent l’existence d’un lien entre l’activité des établissements de crédit et le développement durable.

Un constat mitigé pour les établissements français

Sur les volets de la croissance durable et de la responsabilité sociale, les banques françaises disposent d’un contexte favorable : taux de surendettement des ménages modéré, possibilité pour les clients de saisir un médiateur en cas d’abus, information du consommateur très encadrée et gestion du risque moderne. De plus, la relative bonne résistance des établissements face à la crise financière illustre la robustesse à long terme de notre modèle bancaire. A noter que l’innovation en la matière ne provient pas seulement de contraintes réglementaires : le développement récent de l’offre de microcrédit et des fonds ISR témoigne des réflexions engagées dans ce domaine.

Certains dispositifs intègrent également une composante environnementale. C’est notamment le cas de « l’étiquetage » lancé récemment sur certains produits d’épargne par une banque française. Il permet d’informer la clientèle sur les performances en termes de développement durable. Côté banque de financement, on peut également citer l’adhésion aux principes Equateur, qui est désormais effective pour l’ensemble des trois plus grandes BFI françaises depuis fin 2008. Ces principes imposent la prise en compte d’aspects liés au développement durable dans le cahier des charges pour tout financement de projet supérieur à 10 millions de dollars. Cependant, les dispositifs à caractère environnemental restent souvent limités à un métier particulier, à un panel produit, ou encore à quelques établissements.

Pour aller plus loin, on pourrait imaginer des dispositifs prenant systématiquement en compte la qualité écologique du bien financé dans la détermination des conditions de crédit. Cela pourrait par exemple passer par un taux d’intérêt bonifié pour l’acquisition de biens disposant d’une étiquette énergétique de « catégorie A ». D’autres mécanismes incitatifs pourraient d’ailleurs être envisagés : bons, cash-back, points fidélité, extension de garantie… voire prendre en compte le bilan carbone du fabriquant. Mais l’introduction de nouvelles pratiques supposent d’importants projets d’innovation, et ce dans tous les métiers (banque de détail, gestion d’actifs, BFI).

En effet, la conception et la réussite de telles innovations supposent la mise en œuvre d’un modèle économique adapté, de mécanismes permettant d’éviter la fuite de clientèle « non verte », ainsi qu’un investissement massif dans la formation du réseau. A titre d’exemple, la loi impose aux banques d’affecter une partie des fonds collectés via le Livret de Développement Durable au financement d’installations d’économie d’énergie, à destination des particuliers (en cible, 10% de la collecte en 2010). Même si les banques ont lancé leurs offres de prêt LDD dans des délais très serrés au second semestre 2007, les taux pratiqués n’étaient pas toujours incitatifs et l’investissement en communication autour de ces offres est resté limité. Ainsi, certains ménages ont privilégié un prêt personnel traditionnel pour financier leurs nouvelles installations. tellkiddvalley.com

Quels seront les facteurs déclencheurs ?

A ce jour, la volonté de se concentrer sur la promotion du développement durable à grande échelle est loin d’être partagée par l’ensemble de la communauté bancaire. Les perspectives de retour sur investissement ne sont pas clairement identifiées, tandis que le risque de déstabiliser le rapport à la clientèle n’est pas neutre (mise en place de nouvelles exigences, augmentation de la mobilité bancaire…) De surcroit le contexte actuel de crise financière n’offre guère de latitude pour envisager la mise en œuvre de projets à grande échelle.

L’évolution des attentes de la clientèle à moyen terme pourrait en revanche changer la donne. Certes une mise en concurrence des établissements sur les aspects développement durable semble difficile dans l’immédiat : le secteur bancaire et financier n’est pas identifié comme acteur légitime du développement durable par le grand public et il existe peu d’outils permettant de les comparer sur ce point. Mais cette situation pourrait bien être amenée à évoluer. Plusieurs observateurs examinent régulièrement le positionnement des établissements de crédit à ce sujet : agences de notation extra-financière (Vigeo, Innovest…), d’agences spécialisées (ONG vertes et équitables, WWF…) et d’associations de consommateurs.

Les publications adressées par l’association Les Amis de la Terre illustrent le développement de cette tendance. Il s’agit notamment d’une étude sur les émissions indirectes de gaz à effet de serre, via les projets financés par les BFI, ou d’un guide éco-citoyen à destination des particuliers permettant de choisir sa banque en fonction de critères écologiques. On peut également souligner l’attention croissante des épargnants à l’égard des fonds ISR, qui ne sont pourtant pas toujours plus rentables que des investissements classiques. De manière générale, l’attention des clients sur les aspects sociaux et environnementaux va très certainement s’intensifier dans les années à venir. Ce changement est déjà observé dans d’autres secteurs comme l’automobile, où les argumentaires de vente ont remplacé la puissance de la motorisation au profit du poids des émissions carbones.

Pour traiter la question dans son ensemble, il pourrait être intéressant de voir naître une réflexion de place sur le développement durable au sein de la communauté bancaire. On sait que les établissements ont la capacité à mener des projets communs sur certains sujets stratégiques, comme c’est le cas par exemple avec la mise en place du SEPA. Cela pourrait permettre d’initier une démarche d’innovation active, sans attendre une éventuelle intervention du régulateur. En effet, même si les activités bancaires n’entrent pas dans le champ d’action de la loi Grenelle, adoptée en première lecture au Sénat en février 2009, il est fort probable que le périmètre des activités concernées s’élargisse. D’autant que la logique du texte est bien d’élargir la maîtrise des émissions carbones au-delà des processus internes de production, en intervenant sur les comportements, le cahier des charges des produits vendus, ainsi que sur leur utilisation.

In. finance.sia-conseil.com

15 septembre 2009

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