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 La théorie des signaux et l’asymétrie de l’information 

Si certaines entreprises arrivent à assainir leurs structures financières alors que d‘autres non, ce n’est pas un fait de hasard. En effet, cet assainissement est tributaire d’une politique de communication financière émise par l’entreprise en question à l’égard de ses partenaires (créanciers actionnaires et banques). Cette démarche porte en elle les principes généraux de la « théorie des signaux ». Cette théorie dont les applications en marchés financiers sont très diverses, amènent de réelles explications aux comportements des actionnaires, dirigeants et créanciers quant aux choix des sources de financement.

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Si certaines entreprises arrivent à assainir leurs structures financières alors que d‘autres non, ce n’est pas un fait de hasard. En effet, cet assainissement est tributaire d’une politique de communication financière émise par l’entreprise en question à l’égard de ses partenaires (créanciers actionnaires et banques). Cette démarche porte en elle les principes généraux de la « théorie des signaux ». Cette théorie dont les applications en marchés financiers sont très diverses, amènent de réelles explications aux comportements des actionnaires, dirigeants et créanciers quant aux choix des sources de financement.

Deux idées simples sont à la base de la théorie des signaux :

  • La même information n’est pas partagée par tous : ainsi, les dirigeants d’une société peuvent disposer d’une information que les investisseurs n’ont pas.
  • Même si l’information est disponible, la façon dont elle est analysée diffère d’un investisseur à l’autre.

Les notes d’investissement  publiées par les sociétés de bourse en sont une véritable illustration. Partant des mêmes états de synthèse et d’informations conjoncturelles similaires, les analystes financiers tablent sur des perspectives de croissance différentes.

Il ne faut aucunement croire que l’information financière est équitablement partagée dans la sphère financière. Bien au contraire, les signaux  ne sont parfois que des objectifs et plus souvent un leurre.

L’unité élémentaire d’une politique de communication financière est le « signal » envoyé par les dirigeants d’une entreprise aux investisseurs. Le signal n’est pas simplement une déclaration comme le croient de nombreux directeurs financiers mais de véritables décisions financières porteuses de leurs propres sanctions pour son initiateur en cas de signal erroné. Pour se prémunir contre d’éventuels risques, l’investisseur traite l’information avec scepticisme.

Trois points méritent d’être soulignés à cet égard.

  • L’investisseur s’interrogera sur l’intérêt de celui qui émet ce signal, sachant que le « financier nous donne un parapluie quant il fait beau et nous le retire quant il pleut ». Autrement dit, si le signal converge à l’intérêt de l’investisseur il sera perçu positivement et vice versa.
  • L’image de l’équipe dirigeante et sa politique de communication.
  • Le contrôle et les sanctions des autorités financières en cas de diffusion de fausses informations par les dirigeants. En effet, certains dirigeants peuvent être tentés d’émettre des signaux erronés en vue de faire pencher la balance du pouvoir en leur faveur.

Exemple : la nouvelle loi marocaine sur la société anonyme stipule que les dirigeants en cas de délit d’initié courent le risque d’être dépourvus de leur biens personnel, ainsi  que de se soumettre à de lourdes astreintes financière.

En somme le seul savoir- faire des dirigeants ne suffit que lorsqu’il est couplé à un faire- savoir, un faire- percevoir.

La théorie des signaux analyse non seulement les décisions financières  en tant que signaux envoyés mais s’intéresse aux systèmes d’incitations  qui poussent les bons dirigeants à communiquer les bons signaux.

L’asymétrie de l’information peut conduire à une sous- évaluation d’un titre par rapport à sa valeur objective, ce qui peut avoir deux conséquences :

  • Une sous-optimisation des investissements du fait d’un coût de financement trop élevé.
  • Un choix de source de financement biaisé favorisant les ressources dont l’asymétrie l’information est réduite (l’endettement).

Pour cerner davantage la théorie des signaux, nous tenterons d’élucider son incidence sur les décisions financières de l’entreprise à savoir :

L’autofinancement.

L’augmentation  du capital.

L’endettement.

La politique de dividende.

Tout en essayant d’expliciter les mobiles des différents partenaires (créanciers, dirigeants, actionnaires…) pour le choix des décisions citées ci-haut. tellihop.com

 

  • 1 – L’autofinancement et signalisation :

Il est un principe assez répondu que l’entreprise opte pour l’autofinancement comme source de financement. Cette position entend subvenir, ce n’est un fait hasard, à l’intérêt de tous les partenaires de l’entreprise (dirigeants, créanciers et actionnaires). Toutefois, l’autofinancement est tributaire du mode de gestion adopté au sein de l’entreprise.

  1. a) Actionnaires et créanciers :

Les actionnaires perçoivent, « a priori », l’autofinancement favorablement  du fait qu’il leur signale une augmentation de la valeur de leurs actions. Quant aux créanciers, agréer l’autofinancement dédouane la garantie de remboursement de leurs créances antérieurement consenties à l’entreprise. La structure financière n’étant pas uniquement constituée de capitaux propres mais également de dettes.

Toujours est-il que l’intérêt des créanciers et des actionnaires pour ce mode de financement dépend fortement de la rigueur  de  gestion des dirigeants : lorsqu’une entreprise devient plus risquée, c’est à dire défaillante, il y a transfert de valeur des créanciers vers les actionnaires. A l’inverse lorsque l’entreprise  fait preuve de solvabilité des dettes, il se produit l’inverse, un transfert des actionnaires vers les créanciers. Ces derniers voient leurs créances valorisées grâce aux flux drainés par l‘autofinancement au détriment des actionnaires.

 

b- Dirigeants et actionnaires :

En assurant son développement exclusivement par autofinancement, l’entreprise n’aura pas besoin de recouvrir ni aux  marchés financiers (nouveaux actionnaires et obligataires) ni  à ses anciens actionnaires

Ces derniers approuveront l’autofinancement tant qu‘il leur procure un accroissement des plus-values sur les actions antérieurement détenues qui sont induites par une bonne gestion.

Les dirigeants y gagnerons un degré de liberté supplémentaire, ils favoriseront eux aussi un recours à l’autofinancement. Mais si la gestion de l’équipe dirigeante est médiocre la « sanction  du marché » sera tôt ou tard traduite par une baisse du cours des actions.

                En résumé, l’autofinancement bénéficie d’une préférence particulière auprès des partenaires de l’entreprise. Cependant il est très risqué de part la rupture qui peut entraîner entre l’entreprise, le marché financier d’une part et  la mobilité des capitaux d’autres parts

  • 2 – Augmentation du capital et signalisation :

 

L’augmentation du capital est une vente d’action réalisée à un certain prix. Voyons en ce qui suit en quoi le signal y afférent crée des conflits  d’intérêt entre (actionnaires / créanciers), (dirigeants / actionnaires) et (anciens actionnaires / nouveaux actionnaires).

  1. a) Actionnaires / créanciers :

En cas de difficulté, l’augmentation de capital se traduit par un transfert de valeur des  créanciers aux actionnaires  puisque leurs créances se revalorisent grâce à l’argent des actionnaires. A l’inverse, la recapitalisation couplée à une gestion efficace se traduit, toute chose égale par ailleurs, par une augmentation de la valeur des capitaux propres et réduit par la même occasion le risque de défaillance et revalorise les dettes. Les créanciers courent  ainsi moins de risques.

Aussitôt annoncée, l’augmentation de capital engendre une réduction de               la valeur de l’action. Cette diminution du cours s’explique par la loi de l’offre et de la demande. En fait, une offre excédentaire par rapport à la demande  du titre draine avec elle une décote de l’action en question.

 b-Dirigeants / actionnaires :

L’augmentation de capital porte en elle les signes d’une situation de transparence entre les dirigeants et les actionnaires, en ce sens qu’elle réduit l’asymétrie d’information entre les partenaires (actionnaires et créanciers).

Cette réduction se matérialise par la publication d’une série d’information sur la santé financière et la rentabilité des investissements financiers relatifs à cette augmentation de capital. Cependant cette dernière révèle à la sphère financière que, à priori, que les dirigeants seront amenés à conduire une gestion minimisant l’intérêt des actionnaires

Mais la réalité est tout autre. Les dirigeants vendent des perspectives qu’ils n’arrivent pas à maîtriser, du coup le cours du titre se surévalue. L’équipe dirigeante profite alors de la surévaluation pour combler le manque en trésorerie dû aux flux d’exploitations faible que prévus.

  1. c) Anciens actionnaires / nouveaux actionnaires

Aussitôt annoncée, l’augmentation de capital a pour effet d’entraînement une baisse du taux de contrôle des anciens actionnaires. Ceci dû à l’introduction de participations nouvelles au sein du capital de l’entreprise. Cette baisse, appelées dilution se calculant comme suit :

a pour effet d’inciter les anciens actionnaires à augmenter leurs participation dans le même ordre que l’augmentation  de capital prévue pour en garder le contrôle initial. Bien évidemment, cela suppose que les anciennes actions soient attachées de droits de souscription. Ce droit confère à son détendeur le privilège de souscrire ou actions de l’entreprise en cas d’augmentation de capital pour en garder le contrôle.

  • 3 –Politique d’endettement et signalisation :

Une autre décision financière consiste à recourir aux dettes comme source de financement. L’explication de la théorie des signaux aux conflits d’intérêts crées par le recours à l’endettement est le suivant :

a- Dirigeants et actionnaires :

La théorie des signaux  en endettement que les dirigeants disposent d’une information supérieure à celle détenue par les actionnaires (pourvoyeurs de fonds). Ceci s’explique par le fait que les dirigeants savent dans quel état du monde se situe l’entreprise. Dans cette perspective, tout signal, émis par les dirigeants, tend à faire croire que les flux seront meilleurs que prévus, pour les actionnaires, ou que le risque de solvabilité est moindre. Cependant, la réalité est tout autre, le projet devenant trop risqué, l’endettement entraînera la perte du travail voir plus en cas de faillite. On voir mal comment les dirigeants optent pour l’endettement s’ils savent ne pas pouvoir rembourser les dettes dans l’hypothèse pessimiste (risque de défaillance).Un système d’incitation est ainsi mis en œuvre pur crédibiliser les dirigeants.

Pour les actionnaires, un accroissement de l’endettement est synonyme de capitaux propres risqués du fait du droit de jouissance dont peuvent obtenir les créanciers.

b – Dirigeants et créanciers :

Toute modification de la politique financière entraîne une modification de la perception des créanciers pour l’entreprise et constitue donc un signal pour le marché. Des dirigeants qui s’endettent communiquent à leur créanciers (banques) que la performance de leur entreprise leur permettra de payer des charges financières et de rembourser cet endettement sans difficulté.

Ils signalent au marché que cette entreprise va dégager suffisamment de trésorerie pour supporter ces frais financiers et des flux de remboursement. Ce signal comporte sa propre sanction s’il est erroné.

Si le signal est faux, ce surcroît  d’endettement conduira l’entreprise à de grandes difficultés qui ne manqueront pas par se traduire par le renvoi des dirigeants. Ces derniers seront fortement incités à émettre le bon signal en ajustant le niveau d’endettement à la capacité de remboursement.

 

 

 

 

  • 4 – Signalisation et politique de dividendes :

 

Le dividende est l’un des moyens de communication les plus importants entre l’entreprise et son marché.

 

  • Dirigeants et créanciers

La politique de dividendes permet à l’équipe dirigeante de montrer qu’elle applique une politique d’anticipation des résultats futurs.

Si une entreprise maintient son dividende alors que son bénéfice décroît, elle insinue au marché que cette baisse n’est que passagère.

En fait, le dividende est un moyen de réduire l’asymétrie d’information entre acteurs.

Comment ?

Sachant que la rémunération des dirigeants est directement indexée sur la valeur de l’entreprise, les dirigeants sont dissuadés d’émettre des signaux erronés car il prendrait le risque de devoir réduire le dividende de l’année suivante.

 Si l’entreprise distribue beaucoup, la valeur de l’action sera plus faible mais l’actionnaire aura plus de liquidité.

Dans le cas contraire sa valeur sera plus forte et l’actionnaire aura moins de liquidité. Ce mécanisme influence le choix du financement d’un projet : les dirigeants – actionnaire, ayant la certitude d’une santé financière, il est dans leur intérêt d’augmenter le dividende ce qui se traduire par une hausse du cours de l’action et par une dilution moindre en cas de financement externe par capitaux propres.

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