vendredi , 3 décembre 2021
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Comment expliquer l’instabilité de la croissance ?

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On sait déjà que la croissance économique se faisait notamment par l’accumulation de facteurs de production ( travail et capital), par l’amélioration du processus de production et par l’innovation technique. Si les quantités de facteurs pouvaient s’accroître de façon proportionnelle, si les innovations survenaient de façon uniforme, alors la croissance serait un processus régulier.

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Mais vous savez qu’il n’en est rien : le progrès technique dépend aussi du hasard des découvertes ; les proportions de facteurs peuvent changer selon le choix des combinaisons productives ; et la demande peut varier selon les caprices des consommateurs ou d’autres facteurs encore. Les économistes ont ainsi l’habitude d’expliquer les aléas de la croissance par des « chocs » d’offre et de demande, c’est-à-dire des modifications imprévues des conditions de production ou du niveau de la demande.

Ces aléas de l’activité économique peuvent prendre un aspect plus inquiétant lorsque l’économie s’enfonce dans une crise durable et profonde, dans la dépression voire dans la déflation.

1. Les fluctuations de l’activité économique : de la variabilité de la croissance à l’existence de crises

Le PIB n’augmente pas forcément de manière régulière ; parfois il peut baisser.

1.1. Le PIB connaît des accélérations et des ralentissements de sa croissance

Quelles que soient les périodes étudiées, sur quelques mois, quelques années ou quelques décennies, la croissance n’est jamais régulière. Il est ainsi fréquent, que d’un trimestre sur l’autre, la croissance en % du PIB change : si cette croissance augmente, il y a accélération de la croissance ; dans le cas inverse, il y a ralentissement économique.

Il en est de même sur quelques années. Prenons l’exemple de la croissance en France durant les dernières années. En 2012, selon l’INSEE, le PIB a augmenté très faiblement de 0,2 % (en volume, par rapport à l’année précédente), de 0,7 % en 2013 et de nouveau de 0,2 % en 2014. Nous avons ainsi une accélération (même très faible …) de la croissance économique entre 2011-2012 et 2012-2013. Par contre, l’année suivante est une année de ralentissement le PIB n’augmentant plus que de 0,2 % contre 0,7 % l’année précédente.

A plus long terme, qu’observe-ton ? La période bien connue des Trente glorieuses est une période de forte croissance économique : environ 5,4 % en moyenne par an entre 1950 et 1974. Elle est suivie d’une période de fort ralentissement puisque le PIB n’augmente plus que de 2,5 % en moyenne par an entre 1975 et 1989, suivie d’une nouvelle période de ralentissement : le PIB n’augmentant que de 1,9 % entre 1990 et 2007, d’après l’INSEE. Ainsi, la croissance annuelle baisse d’abord de 2,9 points puis de 0,6 point même si, au cours de ces trois périodes, le PIB augmente toujours.

1.2. L’existence de crises économiques

Il arrive bien sûr que le PIB baisse, ce qui correspond à une crise au sens strict du terme (voir la notion «  crise économique » pour plus de précision). Toutefois, cela n’arrive que très rarement. Lorsqu’on l’on se situe à court terme (disons quelques trimestres), l’INSEE désigne par récession la baisse du PIB. Par exemple, récemment, le PIB trimestriel de la France a baissé au 4ème trimestre 2012 et au 1er trimestre 2013.

Si l’on prend l’évolution annuelle, les baisses du PIB sont plus rares encore. Depuis que l’INSEE mesure le PIB, la baisse n’a concerné que les années suivantes : en 1975, en 1993 et en 2009 ! Par conséquent, les économistes utilisent souvent la notion de crise économique pour décrire plus largement des années au cours desquelles la croissance économique ralentit fortement. On parle donc aujourd’hui de crise économique depuis 2008, tout comme on a pu le faire pour les années qui ont suivi les Trente glorieuses.

Quoi qu’il en soit, on voit clairement que la croissance économique est instable et que l’on peut y déceler des périodes de « crises » à court, moyen ou long terme.

2. Les fluctuations de l’activité économique s’expliquent notamment par des chocs d’offre, des chocs de demande et le cycle du crédit

Dans les deux premiers paragraphes de cette section, nous allons analyser les mécanismes par lesquels ces « chocs » d’offre et de demande affectent le rythme de la croissance. Puis nous préciserons le rôle amplificateur des banques sur ces rythmes de croissance économique.

2.1. Les chocs d’offre

Ils peuvent être positifs, s’ils favorisent les conditions de production des offreurs de biens ou de services, ou négatifs, dans le cas inverse.

Prenons le cas d’une hausse du prix de l’énergie utilisée par les entreprises pour produire des biens ou des services. Dans cette situation, les coûts de production augmentent, ce qui réduit les marges des entreprises qui ne sont pas incitées à produire plus. Si les entreprises peuvent répercuter cette hausse sur leur prix de vente, la demande des consommateurs risque de baisser ou d’augmenter moins fortement, impactant négativement la production. En élargissant au niveau macroéconomique, on peut facilement imaginer soit une baisse du PIB ou plus vraisemblablement un ralentissement de son augmentation.

Passons à un choc d’offre positif. Prenons l’exemple d’un progrès dans le processus de production ( innovation technique, amélioration de l’organisation des entreprises, etc). Dans ce cas, la productivité du travail augmente, ce qui signifie que les entreprises peuvent produire plus avec autant de moyens de production et donc, dit autrement, cela permet de produire les mêmes quantités avec moins de moyens de production et ainsi avec des dépenses moindres. Cela aboutit à une baisse des coûts unitaires de production (ou coûts moyens). Par conséquent, les marges des entreprises augmentent, ce qui incite les entreprises à augmenter directement leur production. Les marges dégagées peuvent ainsi pousser les entreprises à baisser leur prix de vente ou à augmenter les salaires. Par ce biais, la demande des ménages peut s’accroître et donc stimuler la production. Il y a dans ce cas une accélération de la croissance.

2.2. Les chocs de demande

Les chocs de demande peuvent être positifs, lorsqu’ils favorisent l’accélération de la croissance, ou négatifs dans le cas inverse.

Supposons que l’État modifie sa politique fiscale et baisse l’impôt sur le revenu. Il s’agit clairement d’un choc de demande positif car les ménages, ayant un revenu disponible plus élevé, augmentent leur consommation. Si les entreprises anticipent correctement cette hausse, elles pourront immédiatement y répondre en produisant plus. Ou si elles ne le peuvent pas, par manque de moyens de production, elles investiront, ce qui augmentera la demande globale et donc la production.

Mais si l’offre n’augmente pas rapidement, la hausse de la demande se traduira par une hausse des prix ( inflation), ce qui incitera les entreprises à produire plus voire à investir. Il faut toutefois noter que ces mécanismes ne sont pas automatiques (c’est d’ailleurs vrai aussi pour les chocs d’offre) : d’autres effets peuvent bien sûr se produire. Il se peut que les ménages ne dépensent pas ce revenu supplémentaire mais l’épargne ; il se peut aussi que les ménages dépensent effectivement plus mais qu’ils consomment des produits étrangers, ce qui augmenterait les importations et non la croissance française. Quoi qu’il en soit, les effets sont a priori plutôt positifs.

Regardons ce qui se passe en cas de choc de demande négatif. Prenons l’exemple opposé, d’une hausse des impôts payés par les ménages et/ou d’une baisse des revenus sociaux (ou de transfert). Les ménages verront leur pouvoir d’achat se réduire, ils consommeront moins et donc les entreprises ne seront pas incitées à produire plus et à investir : la demande globale se réduira et la croissance risquera de ralentir. Prenons l’exemple récent de la Grèce depuis 2009 avec diverses mesures ayant réduit le revenu des ménages (hausse de la TVA, gel du salaire des fonctionnaires, réduction des primes des fonctionnaires de 30 %, suppression des 13ème et 14ème mois de salaires chez les fonctionnaires les mieux payés, gel des pensions, etc.). En 2010, le PIB de la Grèce a baissé de 4,9 %, puis de 7,1 % en 2011 et de 7,0 % en 2012. On peut dès lors faire un lien évident avec ce choc de demande négatif et l’évolution négative du PIB de la Grèce, même si d’autres facteurs sont en cause bien évidemment.

2.3. Le cycle du crédit

Quel est le rôle du crédit et des banques dans ces fluctuations économiques ? Si leur rôle n’est peut-être pas premier, il est sûr en revanche qu’ils amplifient les fluctuations économiques. Nous allons préciser comment.

En faisant des crédits, les banques distribuent du pouvoir d’achat : aux entreprises pour qu’elles investissent, aux ménages pour qu’ils consomment. Cette activité est nécessaire à la croissance, elle permet d’assurer à l’offre les débouchés nécessaires sans attendre que les revenus de la production (salaires ou bénéfices) aient été distribués. Cette distribution de crédit est différente en période de croissance et en période de crise.

En période de croissance, la hausse des revenus accroît les débouchés et les projets d’investissements deviennent plus rentables. Cette hausse des revenus et de la rentabilité incite les banques à prêter aux entreprises et aux consommateurs à des taux d’intérêt bas – puisque la capacité à rembourser est forte, les risques sont faibles. La distribution généreuse de crédit accélère en retour la hausse de la consommation et de l’ investissementLa demande globale augmente ainsi plus fortement ce qui favorise l’accélération de la croissance. Les banques « euphoriques » prennent de plus en plus de risques.

Puis lorsque l’activité ralentit, les revenus distribués augmentent moins fortement, cela réduit la demande globale : la consommation et l’investissement reculent. Ce phénomène est accentué par l’inquiétude de plus en plus grande des banques qui prêtent en moins grandes quantités et avec des taux d’intérêt plus élevés. La récession se développe.

Ainsi se crée un cycle du crédit : son augmentation accompagne la croissance et l’accélère, sa réduction accompagne le ralentissement de l’activité économique et l’amplifie … avec des risques d’entrer en dépression voire en déflation.

3. Déflation et dépression : les aspects cumulatifs d’une situation de crise

À chaque fois que l’économie entre en récession, on court le risque d’une baisse cumulative de toutes les grandeurs économiques – production, revenus. Cette « spirale dépressive » – dont la grande crise des années 30 constitue l’exemple le plus mémorable – rend très difficile le retour de la croissance. Il est donc essentiel de comprendre les mécanismes de la dépression, qui peuvent même parfois conduire à la baisse généralisée des prix : la déflation.

3.1. La dépression

La dépression est une situation de baisse du PIB (ou de fort ralentissement de la croissance) durant une période longue. Évidemment, au sens strict, les dépressions sont rares. Citons celles qu’ont connues les États-Unis durant la crise de 1929. (voir notion « dépression »).

Les mécanismes sont les mêmes que ceux développés dans la partie 2, à la différence près qu’il n’y a plus aucun mécanisme de « rappel » lorsque l’on parle de dépression. On ne semble plus pouvoir retrouver rapidement une croissance économique forte et durable. Ce caractère cumulatif peut être lié à plusieurs situations économiques. Tout d’abord, le retournement qui amène à la dépression peut avoir été précédé par un ralentissement de la production dans des secteurs d’activités importants. Ensuite, le système financier peut être fragile et ne pas supporter des faillites en chaîne et des difficultés de remboursement de ses clients, etc. Enfin, la politique menée peut être défaillante.

Illustrons cela avec la crise de 1929 aux États-Unis, souvent appelée la Grande Dépression.

La production globale a baissé de 24 % entre 1929 et 1933, le taux de croissance étant resté négatif durant ces quatre années. Puis la production a ensuite augmenté mais insuffisamment pour réduire fortement le chômage de masse. Si le taux de chômage était de 3,2 % en 1929, il était de 24,9 % en 1933 et encore de 14,6 % en 1940.

L’importance et la durée de cette dépression ont plusieurs explications. Certains économistes et historiens insistent sur le fait que les secteurs d’activité qui étaient les moteurs de la croissance avant le retournement comme l’automobile, l’électroménager ou la radio mais aussi l’immobilier avaient vu leur croissance fortement ralentir avant ce retournement : ils ne pouvaient plus, en pleine crise, maintenir l’activité.

De plus, le problème serait aussi lié à une insuffisance durable de la demande face à la forte augmentation de la production liée aux gains de productivité. La productivité dans l’industrie a d’ailleurs beaucoup plus augmenté que les salaires : à cause d’un fort chômage de masse, il ne pouvait y avoir de pression à la hausse des salaires.

Autre facteur : la crise bancaire. Durant cette période, le nombre de banques a été divisé par deux (du fait des problèmes de liquidité, des difficultés pour trouver de nouveaux clients et des défauts de remboursement). Les conséquences sont importantes et peuvent largement expliquer l’importance et la longueur de la dépression. Avec moins de banques, la masse des crédits distribués recule. Ainsi, le financement des dépenses des entreprises et des ménages en biens durables se réduit. La demande globale baisse, ce qui pousse les entreprises à réduire leur production, à réduire l’ emploi et/ou les salaires ce qui affecte à nouveau la demande globale, la production, l’emploi et les revenus.

Enfin, le dernier facteur est le manque de réactivité des autorités publiques pour relancer l’activité économique. À cette époque, les politiques de relance n’étaient pas utilisées et les préceptes de Keynes étaient loin de faire l’unanimité. Au début des années 30, aucune politique budgétaire n’était envisagée pour faire face au ralentissement économique et au creusement du déficit public (lié à la crise elle-même). Les autorités publiques ont ensuite plutôt essayé de le réduire par des hausses d’impôts (par exemple le taux marginal de l’impôt sur le revenu passe de 25 % à 63 % de 1931 à 1932). Cela, bien sûr, a un effet dépressif supplémentaire. Ce n’est qu’avec le deuxième New Deal que les autorités publiques américaines mettent en place une relance budgétaire forte et acceptent un creusement assez important du déficit à partir de 1935. En ce qui concerne la politique monétaire, elle n’a pas été suffisamment expansive au début de la crise quand les banques ont accru leurs réserves auprès de la Banque centrale plutôt que de prêter (par crainte de faire faillite) ce qui a nuit à la consommation, à l’ investissement et a approfondi la crise. Ce n’est qu’à partir de 1933 qu’elles recommencent à prêter et que la reprise s’amorce.

3.2. La déflation

La déflation ajoute un élément important à la situation de dépression : c’est la baisse générale et auto-entretenue des prix. Cette baisse approfondie la dépression par plusieurs mécanismes.

En premier lieu, la baisse des prix incite les ménage à repousser leurs achats attendant des prix plus faibles : la demande baisse, et par conséquent les prix et la production aussi.

En deuxième lieu, la baisse des prix réduit les marges des entreprises qui ne vont plus être incitées à produire et à investir : la demande globale se réduit donc.

En troisième lieu, la baisse des prix augmente la valeur des dettes : il faut rembourser la même somme en valeur nominale avec des actifs qui, mois après mois, perdent de leur valeur. Les entreprises, l’État et les ménages endettés, doivent réduire leurs dépenses pour pouvoir faire face aux remboursements, ce qui nuit là encore, à la demande.

Précisons, en effet, que pour se désendetter les agents économiques vendent ce qu’ils possèdent (des actions, des obligations, des maisons par exemple) ce qui réduit leur valeur : la richesse détenue perd de la valeur, ce qui n’incite pas ou ne permet pas d’emprunter pour de nouvelles dépenses et pose donc des problèmes de remboursement. La demande se réduit encore et avec elle les prix et la production. Le chômage augmente et les revenus baissent. Le mécanisme est ainsi auto-entretenu.

Illustrons cette situation par un exemple récent, celui de la Grèce. Dans ce pays, l’ inflation a d’abord ralenti de 2010 à 2012 puis les prix ont baissé en 2013 et 2014 malgré une politique très accommodante de la BCE (très faibles taux d’intérêt directeurs notamment). Cela correspond à une déflation d’autant que durant ces années, le PIB n’a cessé de diminuer (sauf en 2014) pour atteindre une baisse totale similaire à celle des États-Unis durant la Grande dépression (environ baisse de 25 % depuis 2008).

Quelle est le rôle de la très faible augmentation des prix voire de sa baisse ? On peut penser que les entreprises, voyant leurs marges se réduire, ont baissé les salaires et ont licencié du personnel. Effectivement, la rémunération réelle des salariés a baissé depuis 2010, de même que leur revenu disponible net : 9,56 % en 2010, 9,37 % en 2011, 8,10 % en 2012 et 8,74 % en 2013 d’après l’OCDE. Cette tendance réduit bien sûr la consommation des ménages durant toutes ces années (9 % en 2010, 10,9 % en 2011, 10,6 % en 2012 et 3,6 % en 2013) qui n’a repris son augmentation qu’en 2014.

Par conséquent, les entreprises ne sont pas incitées à investir : durant ces années, l’ investissement baisse de 20,8% en 2010 puis de 17 % et de 28,5 % en 2012 et de 9,5 % en 2013 pour repartir à la hausse aussi en 2014.

On voit donc bien que la demande globale diminue, ce qui explique la baisse du PIB durant ces années (le volume des exportations n’augmentant que très légèrement). On peut trouver là aussi une explication à la forte hausse du chômage qui est passé de 9,6 % en 2009 à 27,5 % en 2013. Ce chômage devient véritablement un chômage de masse.

Source: brises.org

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