dimanche , 12 juillet 2020
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L’économie en 30 questions

L’ÉTAT ET LE MARCHÉ

Quel est le rôle du marché ?

Lorsqu’il fonctionne bien, le marché peut être comparé à un calculateur géant qui oriente les comportements de manière performante et coordonne l’action de millions d’agents grâce aux prix. Mais il s’agit d’un mécanisme délicat, qui se dérègle aisément et peut se révéler inadapté à produire une coordination efficace entre les différents acteurs économiques.

Quelles sont les limites du marché ?

Les économistes libéraux reconnaissent que le marché peut être défaillant dans le cas de certains biens. Ces défaillances justifient le développement de l’économie publique. Mais les interventions de l’Etat peuvent aussi avoir leurs imperfections. D’où, depuis vingt ans, le retour en force du marché dans la gestion des biens collectifs ou de l’environnement, des domaines pourtant éloignés de l’économie de marché.

A quoi sert la politique budgétaire ?

Depuis la crise de 1929, le budget de l’Etat est utilisé pour accroître ou freiner la demande, dans le but d’agir sur la production et, à travers elle, sur l’inflation et le chômage. Keynes a donné à cette action de l’Etat un fondement théorique solide, mais la politique budgétaire a toujours été contestée. La crise financière de 2008 a pourtant montré que l’action en dernier ressort de l’Etat était indispensable.

A quoi sert la politique monétaire ?

La politique monétaire doit-elle être utilisée uniquement pour maintenir la stabilité des prix ou également pour favoriser la croissance et le plein-emploi ? La question est loin d’être tranchée. Et si l’action de la Banque centrale européenne relève de la première option, la Réserve fédérale américaine a opté pour la seconde, avec davantage de succès.

L’Etat dépense-t-il trop ?

Les dépenses publiques représentent aujourd’hui l’équivalent de plus de la moitié des richesses créées en France. Après une forte hausse entre 1975 et 1995, leur poids dans l’économie s’est stabilisé, alors qu’il diminuait dans les pays voisins. Est-ce le résultat d’une gestion laxiste des finances publiques ou de choix collectifs respectables ?

La dette publique est-elle un problème ?

La dette publique française augmente. Ce qui n’est pas forcément grave, car cela peut être utile à la croissance. Le problème est que la dette a produit peu de résultats en matière de croissance et menace aujourd’hui le crédit de la France sur les marchés de capitaux. Une réduction de l’endettement semble donc nécessaire, mais avec quels effets sur la croissance ?

Prélèvements obligatoires : quel choix de société ?

LA CROISSANCE

La croissance est-elle encore mesurable ?

Semaine après semaine, décimale après décimale, la croissance économique, mesurée par le fameux produit intérieur brut (PIB), est l’objet d’une grande attention : comment évolue-t-elle ? reprend-elle ici ? s’essouffle-t-elle ailleurs ? Mais, avec le développement d’une économie de services et les nouvelles caractéristiques du progrès technique, ce chiffre magique est de plus en plus incertain.

Quelles sont les clés de la productivité ?

La mesure de l’efficacité économique est aujourd’hui chargée d’enjeux, qu’il s’agisse des interrogations sur le déclin français, le renouveau de la croissance américaine ou la concurrence chinoise. Dans ces débats, les statistiques de productivité jouent un rôle important.

Quel rôle joue l’investissement ?

L’investissement est considéré comme une clé de la croissance, car il rend plus efficace le travail humain. Mais il ne suffit pas d’investir plus, car à compter d’un certain niveau, l’efficacité de l’investissement se heurte à la loi des rendements décroissants : sans progrès technique, l’accumulation d’équipements ou de bâtiments ne mène pas très loin. Ce progrès dépend d’investissements spécifiques dans la recherche ou la formation.

Quel rôle joue l’innovation ?

Les nouvelles technologies sont-elles en mesure de révolutionner l’économie ? Elles l’ont déjà fait par le passé et, depuis une douzaine d’années, les technologies de l’information et de la communication illustrent la capacité de transformation et le potentiel de croissance de l’innovation. Ces nouvelles techniques, comme toutes les révolutions, rendent cependant nécessaire l’invention d’un nouveau modèle économique.

Pourquoi certains pays se développent-ils et d’autres pas ?

Pourquoi la croissance est-elle si différente d’un pays à l’autre ? Pourquoi la révolution industrielle et le développement se produisent-ils dans certaines sociétés et pas dans d’autres ? Parmi les facteurs explicatifs, les économistes distinguent la géographie, la taille des marchés nationaux et le degré d’ouverture des économies, ainsi que les institutions.

La croissance mène-t-elle à un développement durable ?

Joseph Stiglitz a présidé en 2008-2009 une commission d’experts chargée de proposer d’autres indicateurs de progrès et de réfléchir sur les ” limites de notre comptabilité nationale “. Les progrès du bien-être ou du développement humain semblent en effet de moins en moins corrélés à la croissance économique, surtout si l’on tient compte de la durabilité, c’est-à-dire des besoins futurs.

La croissance détruit-elle l’environnement ?

En s’inspirant des travaux de l’économiste Simon Kuznets, certains pensent que la croissance économique augmente dans un premier temps les dégâts écologiques, pour créer ensuite les conditions d’un progrès environnemental continu. Mais la possibilité d’une croissance respectueuse de l’environnement, issue d’autres choix de production, de consommation et de techniques, est aujourd’hui contestée.

LA MONNAIE ET LE FINANCEMENT

Qu’est-ce que la monnaie et qui la crée ?

La monnaie joue un rôle essentiel dans le fonctionnement des économies et des sociétés. La maîtrise de sa création représente donc un enjeu déterminant. On imagine souvent que le pouvoir de créer la monnaie se confond avec la fameuse ” planche à billets ” des banques centrales. En réalité, il dépend bien davantage de l’activité de financement de l’économie par les banques.

Comment l’économie française se finance-t-elle ?

Traditionnellement, les banques permettent à l’épargne des ménages de financer l’investissement des entreprises, alors que l’Etat est à l’équilibre. Ce schéma est aujourd’hui bouleversé : l’endettement des ménages s’accélère, le déficit de l’Etat devient chronique, les entreprises se concentrent sur la gestion de leur patrimoine et les financements croisés entre pays se multiplient. La finance peut soudainement tomber en panne, comme l’a illustré la crise de 2008.

La Bourse contre la croissance ?

Après celui de 2000, le krach de 2008 a mis à mal les Bourses du monde entier. Et la croissance en souffre : l’investissement pâtit de la crise de confiance comme des difficultés de financement des entreprises ; la consommation faiblit. Mais cette volatilité si coûteuse des marchés financiers est-elle inévitable ? N’a-t-elle pas été renforcée par les innovations financières de ces dernières décennies ?

Quels sont les rouages des crises financières ?

L’analyse des crises passées permet de mettre en évidence un petit nombre de mécanismes qui jouent un rôle déterminant dans leur apparition. En dépit du rôle croissant des marchés financiers dans le financement des économies, les banques restent au coeur de ces dérèglements. Les innovations destinées à améliorer le fonctionnement de la finance se révèlent également porteuses de nouveaux risques.

Faut-il avoir peur des bulles financières ?

De la spéculation sur les oignons de tulipes au XVIIe siècle aux montées boursières vertigineuses, les bulles font partie de l’histoire de la finance. La hausse des prix des actions ou des immeubles enrichit leurs propriétaires et les incite à acheter davantage. Mais le destin d’une bulle est d’éclater. La tendance se renverse alors brutalement, au détriment de la croissance. A moins que les autorités monétaires n’enrayent la panique.

A quoi servent les banques centrales ?

Les banques centrales ont pour fonction habituelle de réguler la quantité de monnaie émise par les banques commerciales. Mais dans quel but ? Pour agir sur l’inflation, mais aussi sur la croissance et l’emploi, ce qui implique des arbitrages délicats entre ces objectifs. Elles doivent aussi contrôler l’activité des banques et stabiliser le système financier en cas de crise. Ce sont donc des maillons essentiels de l’économie.

L’EMPLOI ET LE CHÔMAGE

Comment se forment les salaires ?

Pourquoi certains gagnent-ils plus que d’autres ? Parce que leurs performances diffèrent, affirment les économistes. Mais cette explication occulte le fait que la répartition des salaires doit être socialement acceptable, ce qui renvoie à l’idée qu’elle doit être juste, mais aussi qu’elle est le fruit de rapports de force.

La flexibilité réduit-elle le chômage ?

Faut-il supprimer le salaire minimum et les indemnités de licenciement au nom de l’emploi ? Malgré leurs efforts, les partisans de la flexibilité des marchés du travail n’ont pas vraiment réussi à établir que celle-ci réduisait le chômage, sans doute parce que le travail n’est pas une marchandise comme les autres. Mais il est probable que certaines rigidités de l’économie française freinent sa modernisation.

L’organisation du travail a-t-elle vraiment changé ?

Censé réconcilier efficacité productive et autonomie des salariés, le toyotisme accentue en fait l’intensification du travail. De ce point de vue, il est un perfectionnement du fordisme plus que son dépassement. Cependant, les principes du toyotisme peuvent aussi déboucher sur une organisation qualifiante du travail, faisant de l’apprentissage un facteur essentiel de l’efficacité.

LA MONDIALISATION

L’échange international est-il bon pour la croissance ?

L’échange international ouvre un accès aux ressources et aux techniques du reste du monde. Il devrait être un facteur de croissance majeur. Mais les bénéfices de l’ouverture sont inégalement répartis et ne peuvent se concrétiser sans un certain protectionnisme. Il y a donc complémentarité entre ouverture et protectionnisme.

Protectionnisme ou libre-échange ?

Le protectionnisme est une tentation politique répandue. La plupart des économistes mettent en garde contre les risques d’aggravation des difficultés économiques que porte cette tentation. Pourtant, l’histoire et la théorie fournissent de sérieux arguments en faveur du protectionnisme. Mais celui-ci se révèle difficile à mettre en oeuvre efficacement et apparaît souvent néfaste à l’intérêt général.

Le retour de la contrainte extérieure ?

Le retour des déficits commerciaux signe-t-il la réapparition d’une contrainte extérieure sur la croissance ? La montée du déficit français est une mauvaise nouvelle, mais son ampleur demeure limitée. Pour les Etats-Unis, en revanche, les déséquilibres sont massifs et leur résorption pourrait peser sur la croissance américaine et mondiale.

Pourquoi les entreprises délocalisent-elles ?

Le départ des entreprises des pays développés vers le Sud est l’une des grandes peurs économiques de notre temps. Cependant, la menace que représentent ces délocalisations est surestimée, car le niveau des salaires n’est qu’un déterminant parmi d’autres de la localisation. C’est plutôt la concurrence sauvage entre pays développés pour attirer les entreprises qu’il faut redouter.

Comment se déterminent les taux de change ?

Jusqu’aux années 1970, les échanges de marchandises étaient le principal déterminant de l’offre et de la demande des monnaies, et donc des taux de change. Avec la mondialisation financière, ces derniers résultent surtout des mouvements de capitaux. En théorie, ces mouvements devraient suivre les taux d’intérêt, mais d’autres facteurs interviennent.

LES INÉGALITÉS

Quel partage des richesses ?

La part de la richesse créée chaque année qui va aux détenteurs du capital a nettement augmenté depuis le début des années 1980, même si beaucoup d’incertitudes entourent la mesure de cette évolution. La fiscalité est aujourd’hui favorable au capital. Un rééquilibrage serait souhaitable au bénéfice des salariés, mais est-il possible ?

Peut-on réduire les inégalités ?

Redistribuer, c’est prélever des recettes (notamment fiscales) et les affecter de telle façon que la distribution finale des niveaux de vie soit plus égalitaire que la distribution initiale. Dans quelle mesure les modalités actuelles de la redistribution réduisent-elles les inégalités en France ? La question est de savoir qui paie les impôts et qui profite des dépenses publiques.

Le monde devient-il plus inégal ?

Certains affirment que les inégalités explosent ; d’autres, que ces inégalités régressent grâce au rattrapage des pays émergents. Selon les concepts et les méthodes retenus, ces deux points de vue peuvent se défendre. Et même se compléter pour un diagnostic plus complexe mais plus juste, qui n’incite pas à l’optimisme.

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